Interview de Luc KWEKEM - 05 octobre 2026
Directeur associé au sein du cabinet d’architecture SYNTHÈSE ARCHITECTURE basé à Arcueil (94), Luc Kwekem est l'architecte en charge du projet de réhabilitation d’un immeuble de bureaux en résidence collective, à La Courneuve.
Il nous fait part de son expérience et de sa découverte de l'ossature légère en acier.
1. Quels étaient les principaux enjeux de cette transformation d’immeuble tertiaire en logements ?
L’opération consistait à transformer un ancien immeuble de bureaux de France Télécom en une résidence de 107 logements. Cette reconversion impliquait une restructuration lourde du bâtiment existant, sans intervention ni surcharge sur les planchers béton existants, et la création de mezzanines, également en LSF associé à des poutres bois LMC, reportant les charges nouvelles sur les poteaux existants.
Notre agence d’architecture est intervenue dans le projet à partir de mai 2024, dans un second temps, à la suite du décès du maître d’œuvre qui avait conçu et engagé le projet initial.
Lorsque nous avons repris la maîtrise d’œuvre, le chantier était déjà amorcé : le curage lourd avait été réalisé, le sous-sol était terminé et le curage des façades était en cours. Nous avons donc commencé par analyser les plans existants, puis nous avons réalisé un diagnostic de l’état d’avancement des travaux.
Cette première phase nous a rapidement conduits à envisager une refonte importante du projet. Pendant quatre mois, nous avons retravaillé sa conception afin de repartir sur des bases plus cohérentes et mieux adaptées aux contraintes de l’opération. Ce travail a abouti au dépôt d’un permis de construire modificatif, en concertation avec l’architecte initial.
L’enjeu était de restructurer le projet tout en tenant compte des travaux déjà réalisés, des contraintes du bâtiment existant et des objectifs du programme résidentiel. Cette reprise a également nécessité un travail approfondi sur les plans et sur les dispositions techniques, avec des conséquences directes sur l’organisation et l’expression architecturale du projet.
2. Pourquoi l’ossature légère en acier LSF a-t-elle été retenue pour cette opération ?
Le maître d’œuvre initial avait fait le choix de l’ossature légère LSF et retenu ARKEO SYSTEM pour sa mise en œuvre, avant que notre agence ne reprenne le projet.
Ce choix répondait à un enjeu structurel majeur : intervenir sur le bâtiment existant tout en limitant les charges supplémentaires transmises à la structure et aux fondations.
Je connaissais déjà le principe du LSF, mais je n’avais encore jamais eu l’occasion de travailler avec ce système constructif. Ce chantier a donc été une véritable découverte, à la fois sur le plan technique et dans la mise en œuvre, en collaboration avec ARKEO SYSTEM.
J’étais particulièrement intéressé par les possibilités offertes par la construction hors site, notamment en matière de rapidité d’exécution et d’optimisation des délais. La légèreté du système constituait également un avantage déterminant dans le contexte de cette réhabilitation. Enfin, j’étais également conquis par le potentiel des ossatures en acier en matière de bilan carbone très favorable.
3. Comment s’est déroulée la collaboration avec ARKEO SYSTEM et quels enseignements tirez-vous de la mise en œuvre du LSF ?
La restructuration des plans a entraîné des adaptations importantes, notamment en matière de conception architecturale. Nous avons travaillé en étroite collaboration avec le bureau d’études intégré d’ARKEO SYSTEM pour mettre au point les plans d’exécution et définir les adaptations structurelles nécessaires, notamment au niveau des renforts de l’assise porteuse de la surélévation.
Cette coordination entre la conception architecturale et l’ingénierie structurelle a été essentielle pour intégrer les modifications du projet dans un chantier déjà engagé.
Avec le recul, je trouve le système LSF étonnant et particulièrement intéressant. La légèreté des ossatures est indéniable et constitue un véritable atout en réhabilitation. Le principe de contreventement, notamment par tirants et câbles, fonctionne efficacement et participe à la performance globale du système.
C’est une solution qui présente de réels avantages en matière de construction, de légèreté et de rapidité de mise en œuvre. L’expérience m’a permis de mieux appréhender son potentiel, mais aussi d’identifier les conditions nécessaires à sa réussite.
4. Quels sont, selon vous, les points de vigilance pour optimiser un futur projet en LSF ?
En réhabilitation, la qualité des supports existants est déterminante. Pour tirer pleinement parti du système LSF, il faut anticiper les questions de planéité, de géométrie et de tolérances dimensionnelles. Lorsque les supports présentent des écarts importants, les adaptations nécessaires peuvent rapidement complexifier la mise en œuvre.
Il est donc essentiel d’intégrer ces exigences dès les phases de conception et de préparation du chantier, notamment dans les prescriptions du CCTP du gros œuvre. Il faut également porter une attention particulière aux travaux modificatifs acquéreurs (TMA), qui peuvent avoir des répercussions significatives sur les dispositions techniques initialement prévues.
Je serais tout à fait disposé à travailler de nouveau avec l’ossature légère en acier. Cette première expérience m’a surtout appris qu’il faut mieux anticiper les interfaces entre le bâtiment existant, la conception et les éléments préfabriqués, en fixant des exigences précises dès le départ.
Ce chantier de La Courneuve touche aujourd’hui à sa fin, avec une livraison des 107 logements prévue pour la fin de l’année 2026. Cette opération constitue pour moi un retour d’expérience concret sur les possibilités du LSF en réhabilitation et sur l’importance d’une préparation technique rigoureuse pour en exploiter tout le potentiel.
